ISMM - Chapitre 41 - Et s’il ne voulait plus de moi à cause de ça ?
753.
Je ne savais pas comment se passaient les relations amoureuses des autres, mais en tout cas, ma petite vie était douce et paisible, tout baignait dans le miel.
Chaque matin, en ouvrant les yeux, je voyais Gu Yiliang en train de faire son entraînement matinal sur moi. Et chaque soir, avant de dormir, j’avais droit à son baiser de bonne nuit, empreint d’un amour paternel aussi solide qu’une montagne.
Certes, il y avait trop de monde et trop de regards dans l’équipe du tournage, tout le monde était rusé comme un renard, alors dormir ensemble était impossible. Mais pouvoir le voir dès mon réveil et juste avant de fermer les yeux me donnait l’illusion que j’étais cruellement en manque, et que lui était là pour y remédier corps et âme.
En un mot, c’était parfait.
En même temps, j’avais bien envie d’appeler Huang Dachui, le décorateur, pour qu’on fusionne directement nos chambres.
754.
Je n’avais que deux regrets.
755.
Le premier, c’était que malgré tous les films de combat rapproché à deux joueurs qu’on avait regardés—on avait vu, appris, et pratiqué au point d’enchaîner des combos dignes d’un record—on n’était jamais allés jusqu’au bout.
Rien de bien mystérieux : c’était un problème de compatibilité des interfaces.
Combien de fois avais-je fixé son arme du regard en me demandant si je ne devais pas simplement la lui enlever et aller l’offrir au Roi Dragon des Mers de l’Est ? (NT : l'un des quatre rois dragons régnant sur les quatre mers dans la mythologie chinoise)
Heureusement, il ne m’avait jamais forcé la main. Il disait toujours qu’on avait le temps, alors je continuais tranquillement à marchander avec ma bouche pour protéger mon arrière-ligne et préserver une paix temporaire.
756.
Le deuxième problème, c’était que, bien qu’on soit parfaitement synchronisés et toujours compréhensifs l’un envers l’autre, on était incapables de se mettre d’accord sur la répartition des ressources.
Non pas qu’on se battait pour les obtenir, mais au contraire… on se les cédait avec trop d’enthousiasme.
Je lui proposais des opportunités, il les refusait. Peu importe ce que je disais, il n’en voulait pas.
Il m’en proposait, je refusais aussi. Peu importe ce qu’il disait, je ne voulais pas non plus.
On était plus doués que Kong Rong pour s’échanger des poires (NT : épisode historique illustrant es valeurs de courtoisie, d'humilité et de respect ) (1), et à force de trop vouloir s’effacer l’un pour l’autre, cela faillit finir en bain de sang, en lutte à mort. On en arrivait à devoir regarder des films éducatifs pour se calmer, et conclure par une petite séance de sparring (NT : affrontement contrôlé en situation réelle) pour dissiper les tensions. À force, c’était épuisant.
Et ce que je ne comprenais vraiment pas, c’est pourquoi, alors que je voulais juste lui donner une opportunité, c’était moi qui finissais chaque fois vidé de toute mon énergie ?!
Au final, j’appris ma leçon. J’envoyais directement les gens de Qi Shu contacter sa boîte en douce pour lui obtenir des rôles importants, pendant que je récupérais quelques ressources mode de son côté. Et pour ce qui pouvait être partagé, on discutait ensemble et on y allait tous les deux.
757.
Et ce n’était pas seulement moi qui lui obtenais une place pour assister aux événements.
Lui aussi insistait pour m’avoir comme invité, même pour enregistrer une simple émission de radio,. Résultat : notre taux d’apparition en duo explosa.
Ces derniers temps, où que Gu Yiliang soit devant la caméra, j’étais là aussi. Et sur les réseaux, on s’appelait l’un l’autre comme on respirait.
Sur StarFandom, nos profils clignotaient en même temps comme si on était branchés en direct. Sur Instagram, on publiait jusqu’à huit cents stories de tournage par jour.
Quand ses chaussures arrivèrent enfin, il les posta sur Instagram avec cette légende : « Dans un paysage où tout est devenu autre chose. »
758.
En résumé, c’était la définition parfaite du dicton « les uns meurent de soif tandis que les autres se noient ».
(NT : du proverbe chinois "旱的旱死涝的涝死" (les terres sèches meurent de soif, et les terres inondées meurent de l'inondation) pour exprimer une situation où, peu importe ce que l'on fait, les choses sont excessives.)
Il suffisait de comparer les super topics de notre CP et ceux des autres pour comprendre.
Au début, mes fans fouillaient avec une énergie débordante, cherchant le moindre indice, déterrant le sucre à la pelle. Puis, à force d’être gavés, ils finirent par s’effondrer comme des vieux papys sur leurs fauteuils à bascule, attendant que le sucre leur soit livré directement à la bouche.
Ils avaient atteint l’illumination.
Quand la promo de Lan Jue sortit , ils réagirent à peine, levant la main d’un air blasé. Même pour dénicher des indices, ils étaient devenus paresseux, ne notant qu’une différence dans nos vêtements.
Et c’est moi qui craquai le premier et lâchai discrètement dans le groupe l’origine d’une certaine bague.
Résultat ?
Quelques big fans recoupèrent l’info en deux secondes, validèrent la preuve d’un simple tampon, et passèrent à autre chose comme si de rien n’était, continuant à attendre leur dose quotidienne de sucre.
Fan 1 : « Pourquoi il n’y a pas encore de sucre aujourd’hui ? Pas contente. »
Fan 2 : « Du nouveau sucre qui rit, du vieux sucre qui pleure… En attendant, on peut toujours en reprendre un peu des anciens. »
Fan 3 : « Y en a trop, je sais même pas par où commencer… ‘Manger du sucre’, c’est devenu un vrai boulot. »
Fan 4 : 【Message censuré pour contenu trop explicite】
Moi : « … »
759.
Mon état d’esprit était très complexe.
La première fois quand ils m’avaient viré, passe encore.
Mais pourquoi est-ce que moi-même, je n’arrivais plus à me surpasser dans la distribution de sucre ?!
Mon pire ennemi… c’était moi-même ?!
J’étais en rage.
Alors je postai encore quelques stories sur Insta, et je blaguai même sur l’émission qu’on allait enregistrer demain soir.
Une photo de Gu Yiliang et moi, souriants devant la caméra, plus éclatants que des fleurs en pleine floraison.
760.
Pourquoi est-ce que j’osais me montrer aussi arrogant et effronté ?
761.
Je posai mon téléphone et me tournai vers Xiao Chen : « Comment est la tendance aujourd’hui? »
Xiao Chen croqua un bâtonnet de maïs, jeta un œil aux trois téléphones étalés devant lui et me fit un signe « OK ».
Je hochai la tête, rassuré.
762.
Je ne savais pas comment Xiao Chen avait réussi, en quelques jours, à infiltrer les rangs supérieurs du fandom et à mener les trois groupes en rythme parfait.
Mais le fait était que désormais :
Les fans des dramas historiques me voyaient comme un junior talentueux que leur idole soutenait avec dévouement, et qui lui en était reconnaissant.
Les fans des séries modernes voyaient Gu Yiliang comme un grand frère fiable, fidèle et bienveillant.
Les fans des deux pleuraient de bonheur, se réjouissant de cette belle relation mentor-disciple.
Trois factions en parfaite harmonie.
Les fans du CP ? Pff, ils ne comprenaient juste pas ce que c’était que l’amitié virile.
Des passants ? C’est parce que vous ne réalisez pas à quel point notre petit trésor est exceptionnel. Allez, ouvrez la bouche et goûtez à cette sucrerie digne d’un étoilé Michelin.
Quant aux haters ? Dès qu’un sautait au plafond, les trois camps lui tombaient dessus.
Je regardai Xiao Chen, impressionné.
Ce mec… c’était un génie du fandom.
Si seulement il était apparu plus tôt, on n’aurait même pas eu besoin de se battre avec les rivaux…
Xiao Chen, ce n’était pas un simple Roi.
C’était LE Roi des Rois.
765.
J’ai demandé à Xiao Chen comment il avait réussi son coup.
Il me répondit qu’il avait rassemblé tout un dossier de casseroles sur ce petit acteur de huitième zone, de ses débuts jusqu’à aujourd’hui. Ensuite, il avait contacté des amis dans le cercle des assistants et comparé les dates auxquelles l’acteur avait décroché des ressources avec celles de ses sorties publiques.
Résultat : un immeuble entier d’expositions compromettantes. Puis, avec les preuves en main, il avait contacté les hauts gradés des groupes de soutien de Guifei et Meiyan pour retourner la situation. Il était même allé chercher les fans d’autres artistes qui avaient déjà été rabaissés par ce type. Une fois l’élan amorcé, tout le monde s’était rué sur le sujet et le scandale avait fini par éclater jusque sur la plateforme officielle du drama Lan Jue.
Des milliers de signatures avaient été recueillies pour exiger que la production se débarrasse de cet acteur indigne, qui calomniait ses collègues. Et ça tombait bien, ils étaient justement occupés à rechercher un figurant perdu à Pudong (NT : un district de Shanghai). Son rôle n’étant pas crucial, ils avaient simplement approuvé le changement d’un revers de main.
Rapide, précis, impitoyable, le tout en un éclair—
Je compris enfin pourquoi Xiao Chen adorait me montrer les dossiers noirs des autres. Connaître son ennemi, c’est remporter cent batailles. Tout est une question d’accumulation !
766.
Xiao Chen : un génie, un maître du timing, le roi des rois, un loup parmi les hommes. Mieux vaut ne pas l’énerver.
767.
Après son rapport, Xiao Chen me demanda : « Au fait, c’est quand que tu as commencé à attirer des supporters du milieu ? »
« ? »
« Un gars ‘@Applaudissements pour la société’ a débarqué. En regardant son album sur Weibo, c’est un grand frère avec une chaîne en or (NT : quelqu’un exhibant des signes extérieurs de richesse ou de pouvoir). Il parle vite, blablabla, il terrasse tout sur son passage. Il a failli engueuler les haters qui critiquaient ton nom jusqu’à ce qu'ils retournent dans le ventre de leur mère . »
« … ? »
« Bon, pour être honnête, j’étais curieux, alors je lui ai envoyé un message privé. »
« ……… ? »
« Il a dit que tu étais tellement nul que tu étais capable de manger du pop-corn de travers, que tu avais fait un virement pour le dédommager mais avec deux zéros en trop, et que quand tu t’étais enfui en entraînant ton partenaire, tu avais réussi à lui écraser le pied. Impossible, selon lui, que tu sois aussi rusé que ce que disent les haters. Il s’est indigné au nom de la justice. »
« … »
« Il a dit que ces haters insultaient son intelligence. »
« … »
« Ah, et il m’a aussi demandé de te transmettre un message. »
« … Vas-y. »
« Il a dit que toutes les salles de cinéma ont des caméras de surveillance infrarouge nocturne— »
« OK, OK, stop ! Assez, assez, basta, on arrête là. »
768.
Ce soir-là, j’ai maintenu une distance d’un demi-mètre avec Gu Yiliang. Même pour parler, je criais.
769.
Mon temps de tournage était moins important que celui de Gu Yiliang. Même si je devais rester sur place en permanence, j’avais plus de temps libre que lui.
Lorsqu’il termina sa scène, il entra dans ma loge en tenue décontractée. Ignorant totalement Xiao Chen, qui était en train de jouer au maestro du buzz juste à côté, il s’accrocha à mon dos, posant son menton sur le sommet de ma tête, et se mit à regarder mon écran pendant que je jouais à Honor of Kings, me donnant des instructions pour utiliser mes compétences.
À la fin de la partie, je me suis étiré et lui demandai : « Tu as envie d’en faire une avec moi ? »
Il sembla hésiter, puis finit par hocher la tête.
Dans ma tête, je ricanai. Les temps ont changé, mon cher. Impossible que je te fasse peur cette fois-ci.
Je vais bien m’occuper de toi !
770.
« Eh, viens par ici, je te file ce buff. » (NT : avantage temporaire)
« … Je suis support. » (NT : personnage dont la fonction principale est de protéger ou soigner les autres membres de l'équipe, plutôt que d'attaquer, il n’a donc pas besoin de buff ou de ressources)
« Peu importe, il ne faut pas que notre bébé manque de quoi que ce soit. Un joli petit badge rouge au pied, c’est pas classe, peut-être ? Tiens, prends-le. »
« … Merci. »
« Eh, ce kill est pour toi, prends-le vite sans discuter. » (NT : il lui donne la possibilité de tuer un ennemi, qui rapporte de l'expérience et de l'or)
« … Je suis support. »
« Peu importe, faut pas que notre bébé manque d’argent. Plus tu en as, plus tu achètes de l’équipement et tu restes bien au chaud. »
« … Je suis déjà full stuff. »
« Dans ce cas, vends tout et achète des bottes. Avec six paires à tes pieds, tu pourras cavaler où tu veux. T’inquiète, ton grand frère ADC est là pour te protéger ! » (NT : Attack Damage Carry , attaquant infligeant beaucoup de dégâts)
« … »
« … Tu n’étais pas un joueur zen d’habitude ? »
Je lui souris tendrement : « Si, bien sûr. Poser son couteau, devenir un Bouddha instantanément. »
771.
Soudain, un coéquipier ouvrit le chat vocal en hurlant : « Bordel, vous deux en bot lane (NT : voie du bas), vous faites quoi à traîner dans la jungle ? Vous vous tenez la main pour un rendez-vous galant ou quoi ?! Bougez-vous, faut push la base ! »
Gu Yiliang me jeta un regard, un vrai ‘Avoue, monstre, révèle ta véritable nature !’ Je répondis par un sourire et baissé la tête pour taper un message.
« Désoleyy, j’ai pas vu où vous étiez QAQ~ »
Coéquipier 1 : « Pas grave, c’est une partie gagnée d’avance. On s’ajoute après ? »
Coéquipier 2 : « L’écoute pas, il est juste impatient. Moi, je suis plus sympa. Après la partie, on s’ajoute, d’accord ? »
Coéquipier 3 : …
772.
Gu Yiliang m’arracha mon téléphone.
773.
Je me plaignis : « Pourquoi tu fais ça ? On allait gagner ! Je vais me faire signaler ! »
Il verrouilla mon téléphone et me balança un livret : « Tu as lu le script de l’émission de demain soir? Toute la journée, tu ne penses qu’à jouer. À partir de maintenant, c’est interdit. »
Oh, ce petit bonbon… Un mélange d’acidité et de douceur, un vrai délice.
Le coin de mes lèvres se releva alors que je feuilletais le script, survolant rapidement le contenu.
774.
Tout le programme était clairement conçu pour du fanservice : test de complicité, défis d’interaction physique, concours de talents, Action ou Vérité…
Heureusement, la production maîtrisait bien ses limites. Toutes les activités restaient dans un cadre explicable par une simple camaraderie.
Mais…
Pour être honnête, je commençais à regretter de lui avoir décroché cette opportunité.
Participer à cette émission allait sans doute booster sa popularité sur le court terme. Mais avec la trajectoire actuelle de sa carrière, il ne devrait pas être catalogué dans l’image de fanservice bromance. Cela risquait d’entraver son ascension vers la première ligne…
Et s’il finissait par me lâcher à cause de ça ?
775.
Gu Yiliang dut lire quelque chose sur mon visage, car il tapota ma tête : « Qu’est-ce qu’il y a ? »
Dépité, je me suis agrippé à sa taille : « Et si… je ne participais pas à l’émission ? On pourrait prendre cette nouvelle actrice montante à la place ? »
Il eut un moment de surprise avant de relever mon visage : « Pourquoi ? »
Je bégayai un peu en lui expliquant mes inquiétudes.
Il rigola et me pinça la joue : « On dit toujours : “Si l’un de nous devient riche et puissant, il ne doit pas oublier l’autre.” Mais toi, tu es déjà prêt à m’oublier alors que je n’ai même pas encore percé ?»
« Mais je pense à ton avenir, moi ! » Je repoussai sa main et frottai ma joue avec mauvaise humeur. « La célébrité, c’est crucial ! Sans ça… »
« Tu t’appelles Wei Fugui (NT : Richesse et Prospérité) ? »
« Et toi, tu t’appelles Gu Tiezhu (NT : Pilier de Fer) alors ! »
« … »
« … Oh. Tu es en train de me consoler, c’est ça ? Pardon, c’est moi… Je suis Wei Fugui, je suis important, on ne peut pas se passer de moi. Tu n’as pas le droit de m’abandonner. »
« Hm, je ne t’abandonnerai pas. »
« … »
Xiao Chen éclata : « Ça suffit ! Vous êtes tous les deux des Fugui ! Et moi, je suis un chien, je veux juste aboyer ! Si vous pouviez avoir la décence d’aller à l’hôtel à 400 mètres sur la gauche, une chambre avec grand lit en tarif horaire, ça ne coûte que 180 ! »
--
Note du traducteur
(1) Kong Rong cède la poire
Cette expression fait référence à un épisode célèbre de l’histoire de la Chine, liée à un personnage historique nommé Kong Rong (孔融), un érudit et ministre de la période des Trois Royaumes.
Quand Kong Rong était un jeune garçon, un jour, alors qu'il était à table avec ses frères et sœurs, son père lui présenta une coupe de poires. Kong Rong, étant le plus jeune, se sentit mal à l’aise de prendre la plus grosse poire, alors il décida de la laisser à son aîné et prit une poire plus petite pour lui-même. Lorsqu'on lui demanda pourquoi il avait agi ainsi, Kong Rong expliqua que l’aîné devait prendre la plus grosse poire, car il était l'aîné et méritait plus que lui.
Dans l'usage moderne, "Kong Rong cède la poire" fait référence à un acte de courtoisie excessive, où une personne fait preuve d'humilité ou de déférence en cédant quelque chose de précieux à une autre personne, même si elle en a besoin, par respect ou par politesse.
Traduction: Darkia1030
Créez votre propre site internet avec Webador