ISMM - Chapitre 45 - Un nouveau costume ?
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Une belle histoire de pur amour, un récit de double hétéro qui se tournent l’un vers l’autre, avec des sentiments partagés et purs, venait d’être souillée et gâchée par le cheminement de pensée hors du commun de Gu Yiliang.
Comment allais-je me remémorer cette période à l’avenir ? En souriant ou dans un profond silence ?
Je m’étais préparé un bon discours intérieur, m’apprêtant à monter sur mon piédestal moral et à l’interroger, plein de droiture, sur comment il pouvait se mépriser à ce point. Mais le coup frappé à la porte m’arracha brutalement à ma position dominante, me coupant le souffle au point de me faire presque remonter le sang à contre-courant.
Qui était-ce ?! Ils ne voyaient pas que nous étions en pleine discussion sur notre avenir ? Même si c’était l’Empereur en personne, ce n’était pas le moment de nous interrompre !
La porte s’ouvrit avec fracas, et Xiao Chen passa la tête à l’intérieur, alarmé : « L’Empereur en personne est là ! »
Moi : « ? »
Moi : « ?! »
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Bon sang, pourquoi sa seigneurie était-elle là ?!
C’était quoi cette journée, au juste ? Une grande fête céleste ? Un problème n’était pas encore réglé qu’un autre s’abattait déjà sur moi ! Le dieu des mariages n’avait même pas encore fini de s’occuper de mon cas que le dieu de la fortune débarquait déjà en personne ?!
Ce n’était même pas le cinquième jour du Nouvel An, pourquoi descendait-il sur Terre aujourd’hui ?!
Une voix résonna, qui me fit frissonner et me fit immédiatement dégager la main de Gu Yiliang de mon épaule. Je bondis vers le miroir pour ajuster mes vêtements et afficher une expression des plus sages et irréprochables.
On ne pouvait pas me blâmer d’être aussi nerveux ! Pendant trois ans, Lao Huang avait investi des montagnes d’or sur moi, et pourtant, je me traînais encore à la troisième division des célébrités. S’il découvrait en plus que je passais mes journées à rêvasser et à flirter au lieu de travailler, ou pire encore, que je sponsorisais un petit acteur en herbe…
Il m’enverrait sûrement extraire du charbon jusqu’à la fin de mes jours !
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Je brossai nerveusement la poussière invisible sur mes épaules, réfléchissant déjà à comment présenter Gu Yiliang sous un jour favorable auprès de Lao Huang. Il fallait le faire progressivement, subtilement, pour que le choc de découvrir que son poulain était gay ne le pousse pas à jeter de l’argent par la fenêtre pour forcer Gu Yiliang à fuir.
Gu Yiliang s’approcha de moi, ses yeux braqués sur moi comme deux projecteurs. « Tu… »
Tu quoi ?! Toi, espèce de fléau émotionnel, on en parlera plus tard !
« On réglera ça plus tard ! » Je l’interrompis, balayant ma manche et m’élançant hors de la salle de repos.
Sa voix me poursuivit : « Tu vas où ? »
Sans me retourner, je répondis : « Accueillir le dieu de la fortune ! »
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Lao Huang arpentait le plateau de tournage dans un costume sur mesure d’un raffinement exquis, la tête haute comme un paon faisant la roue, observant avec intérêt les scènes en cours.
Je me précipitai vers lui avec une attitude pleine de respect et commençai par une longue tirade de flatteries : « Monsieur Huang, un nouveau costume ? Il est splendide ! Élégant, raffiné, il vous donne une prestance incroyable ! Regardez ces lignes, absolument sublimes ! Il n’y avait pas de tapis de fleurs sur cette terre, mais avec vous, un chemin s’est ouvert… »
Puis seulement, j’enchaînai : « Vous êtes si occupé, comment avez-vous trouvé le temps de venir aujourd’hui ? »
Lao Huang me donna une tape sur la tête : « Parle normalement. »
Pourquoi ne pas m’avoir interrompu plus tôt alors, hein ?!
Je grimaçai et l’entraînai dans un coin : « Que fais-tu ici ?! »
« Une visite surprise pour voir comment tu travailles sur le tournage, si ton jeu d’acteur s’est amélioré. » Il me détailla un instant, puis, en bon gentleman, me fit un compliment : « Ton apparence n’est pas mal, tu ressembles enfin à quelque chose. »
Et sinon, j’étais censé ressembler à un chien, peut-être ?! Rendez-moi mes cinq cents mots d’éloges !
Je marmonnai : « Tu es venu pour une réunion parents-professeurs ou quoi ? »
« Non, c’est surtout parce qu’on est le cinquième jour du mois, j’ai eu une soudaine envie de voir si ton équipe de tournage manque de quelque chose, histoire d’apporter un peu de soutien.
« Ensuite, j’avais aussi envie d’exhiber mon nouveau costume.
« Et aussi de revoir le Directeur Lu.
« Et, accessoirement, de te voir. »
Moi : « … »
Lao Huang : « Bon, maintenant que je t’ai vu, c’est bon. Où est le Directeur Lu ? »
Moi : « … Le Directeur Lu, il… »
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Gu Yiliang surgit brusquement à mes côtés, tel un petit champignon émergeant du sol. Ses cils frémissaient tandis qu’il me regardait, lèvres pincées, les yeux emplis d’un flot d’émotions refoulées, comme s’il voulait me dire quantité de choses sans pouvoir les exprimer.
Moi : « ? »
C’est quoi ce regard si déchirant ? Même Wang Baochuan (NT : personnage folklorique considéré comme un exemple de fidélité conjugale et de sacrifice dans l’amour), qui avait attendu Xue Pinggui pendant dix-huit ans dans une grotte pour finalement découvrir qu'il en avait épousé une autre, n’avait pas un regard aussi désespéré que le sien !
C’est juste que j’ai reporté notre discussion à plus tard, est-ce que ça mérite un tel air de tragédie shakespearienne ?!
Je fais ça pour notre avenir... et pour les fenêtres de ta famille aussi ! (NT : lançant de l'argent sur leurs fenêtres au point de les briser, symbolisant une tentative brutale d'intervention)
Ne comprenant pas son expression, je le regardai en silence. Il détourna alors le regard et croisa les yeux de Lao Huang.
Les yeux de Lao Huang se plissèrent aussitôt.
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Ce regard, un seul, et une éternité s’écoula.
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Ils se fixèrent si longtemps que je commençai à me demander s’ils n’avaient pas eu un coup de foudre, et si, l’instant d’après, l’un d’eux n’allait pas presser son torse contre la joue de l’autre dans un élan passionné.
Dans mon esprit, un mélodrame épique mêlant intrigues familiales, scandales du showbiz et suspense éthique se déroulait en accéléré. J’hésitais même à appeler Madame Wei pour signaler la situation. Mais avant que je ne puisse prendre une décision, Lao Huang hocha légèrement la tête.
Moi : « ? »
Il s’est vraiment passé quelque chose entre eux ?
Avant que je n’aie eu le temps d’imaginer un dénouement poignant à mon scénario intérieur, Lao Huang posa brusquement une main lourde sur mon épaule, empreint d’une satisfaction profonde.
Moi : « ? »
Pourquoi cela donnait-il l’impression qu’il pensait : « Ah, enfin, mon fils bon à rien a fini par se reprendre en main ! »
Ses doigts se resserrèrent légèrement sur mon épaule, me secouant doucement : « Allez, allons manger ! »
Hein ? Et le Directeur Lu, alors ?
Sous le choc de cet honneur inattendu, je n’oubliai pas de jouer les enfants modèles et papillonnai des cils avec un air faussement embarrassé : « Mais j’ai encore des scènes à— »
Lao Huang : « Pas grave, je préviendrai Lao Lu. »
Bon, vu que c’est toi qui finances la moitié du tournage, c’est toi qui décides !
J’acquiesçai d’un ton clair et énergique. Puis j’entendis Lao Huang s’adresser aimablement à Gu Yiliang : « Tu viens ? »
Parfait, c’était l’occasion idéale pour améliorer l’image de Gu Yiliang en tant qu’acteur consciencieux !
J’étais sur le point de refuser poliment à sa place, mais Gu Yiliang répondit d’un ton glacial : «D’accord. »
Moi : « ? »
D’accord, très bien, mais pourquoi une voix aussi froide et impitoyable ?
Lao Huang rit doucement. Gu Yiliang tendit la main et la posa sur mon épaule.
Moi : « ? »
Non mais, peu importe que tu sois démonstratif ou pas, la main de Lao Huang est toujours posée sur moi, tu en es conscient ?
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Gu Yiliang et Lao Huang se tenaient de part et d’autre de moi, chacun posant une main sur mes épaules. Je me sentais écrasé entre ces deux montagnes, à peine capable de respirer, traîné comme un prisonnier vers la voiture.
C’était quoi cette ambiance ? On allait vraiment manger ou bien on m’emmenait à l’échafaud ?
Pourquoi avais-je l’impression d’être une âme errante sur le point d’être emportée par les gardiens de l’au-delà ?
À ma droite, le dieu de la fortune tout-puissant que je ne pouvais pas offenser ; à ma gauche, mon bien-aimé à l’aura sombre et pesante. Un côté était chaleureux et harmonieux, une scène de bonheur familial, tandis que l’autre était glacé et oppressant, une atmosphère de désolation.
Je ne dis rien. Je n’osais pas dire un mot. Je retenais mon souffle, subissant ce contraste saisissant, tandis que les membres de l’équipe nous regardaient passer sans même oser nous saluer.
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Alors que nous approchions de la sortie du plateau, une silhouette se figea brusquement, recula de plusieurs pas, s’arrêta, puis avança de nouveau.
Le premier rôle masculin plissa les yeux, nous observa quelques secondes, puis soupira de soulagement : « Oh, c’est vous… J’ai cru que la brigade des stupéfiants débarquait. »
Moi : « ? »
Hé, mais tu mènes une vie bien mouvementée en dehors du tournage, toi !
Je pris la parole : « Frère, tu peux prévenir le Directeur Lu qu’on part manger ? »
Le premier rôle : « Vous partez manger habillés comme ça ? Vous n’avez même pas changé vos costumes de scène. »
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À ces mots, Lao Huang tira sur ma perruque, intrigué : « Tu ne peux pas simplement l’enlever ? »
Gu Yiliang fronça immédiatement les sourcils et saisit l’autre côté de la perruque : « Non. »
Moi : « ? »
Lao Huang hocha la tête et tira sur mon col : « Tu n’as même pas tes propres vêtements en dessous ? »
Gu Yiliang, d’un geste contrarié, tira mon col de l’autre côté : « Non. »
Moi : « ?? »
Lao Huang acquiesça de nouveau et passa un doigt sur mon visage : « Ça, ça s’enlève avec une lingette ? »
Gu Yiliang se mit immédiatement à frotter mon visage comme s’il pétrissait de la pâte à pain : «Non— »
À bout, je m’écriai : « Vous pouvez parler normalement sans me tripoter ?! Regardez avec vos yeux, pas avec vos mains ! Je vais finir en miettes à ce rythme-là ! »
Lao Huang me poussa légèrement le front : « T’as toujours eu un sacré caractère, toi. Bon, file te changer. »
Puis il se tourna vers Gu Yiliang et ajouta : « Excuse-le, il a été trop gâté, ne fais pas attention. »
Moi : « … »
Gu Yiliang répondit d’un ton grave : « C’est moi qui l’ai gâté, ça ne me dérange pas. »
Moi : « … ? »
Non mais, d’accord, c’est bien joli de dire ça…
Mais tu réalises que tu viens de dire ça à ton beau-père ?! Tu ne veux plus de fenêtres dans ta maison ? !
Comment allais-je rattraper cette situation ? C’était impossible !
Voyant notre avenir commun et les fenêtres de Gu Yiliang se fissurer sous mes yeux, je pris son ourlet de veste avec anxiété et murmurai : « Fais attention à tes mots ! »
La pression atmosphérique autour de Gu Yiliang chuta instantanément jusqu’au centre de la Terre.
Moi : « ? »
Mais je suis en train de te sauver, là ! Tu ne joues pas avec le feu, tu es en train de mettre le feu à toute une montagne !
Lao Huang rit légèrement et fit un geste de la main : « Ça va, allez vous changer. »
Sans un mot de plus, Gu Yiliang tourna les talons et se dirigea vers sa loge.
Moi : « … ? »
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Je me changeai, encore plongé dans un épais brouillard, et après être sorti du plateau, je ne vis toujours pas Gu Yiliang. En apercevant Lao Huang me faire signe depuis la voiture, je me dépêchai de courir vers lui.
Voyant que j’étais seul, il s’étonna : « Tu es tout seul ? Et celui que tu entretiens… »
Moi : « ? »
Moi : « Attends, attends… J’ai mal entendu, ou bien tu viens de dire un truc très bizarre ? »
Lao Huang : « Mais si, ce petit acteur de tout à l’heure. La dernière fois, tu m’as demandé de l’argent, c’était bien pour menacer ses parents, obtenir des preuves compromettantes sur lui et le forcer à— »
Moi : « … »
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Je me frappai le front.
À force d’être un fervente admirateur du CP, j’avais complètement oublié que j’étais aussi censé être un méchant manipulateur, cruel et sans scrupules, qui persécutait Gu Yiliang.
Moi : « … Tout à l’heure, quand tu m’as tapé l’épaule avec autant de satisfaction, c’était pour… ? »
Lao Huang : « Parce que tu as bon goût. Tu as choisi quelqu’un de beau et présentable. Cet argent n’a pas été gaspillé, je suis fier de toi. »
Moi : « ? »Est-ce que c’est le seul compliment que tu connais ?!
Lao Huang : « Le milieu du divertissement est trop chaotique. J’avais peur que tu utilises cet argent à mauvais escient, mais maintenant, je suis rassuré. »
Moi : « ? » C’est quoi cette éducation catastrophique, mon cher père ?!
Lao Huang : « Ce gamin a l’air bien. Il est pur, sincère, il ne cède pas aux puissants… Regarde, il ne me craint même pas, il ne cherche pas à me flatter, il est sérieux et loyal, il pense toujours à toi en premier. C’est très bien ! »
Moi : « … Attends, laisse-moi t’expliquer— »
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Au loin, Gu Yiliang entra dans notre champ de vision.
Les yeux de Lao Huang s’illuminèrent.
Une bouffée de sang me remonta à la gorge.
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Sans exagérer, à l’instant même où il apparut, le ciel du plateau sembla s’illuminer d’étoiles scintillantes.
Ses cheveux, soigneusement coiffés au gel, semblaient prêts à s’embraser à la moindre étincelle. Il portait une tenue digne d’un gala de charité et avançait vers nous, rayonnant d’élégance.
Mais il fait quoi, là ? Il cherche un partenaire pour s’accoupler ?!
Lao Huang siffla d’admiration : « Regarde-moi ça… Quel style ! Franchement, un gamin aussi bien que lui, c’est du gâchis avec toi. »
Moi : « … »
864.
Mon cœur était épuisé. Vraiment. Je n’avais plus envie de parler.
Le silence. Le silence était mon seul refuge ce soir.
Je renonçai à toute dignité et me laissai aller contre la voiture, le regard vide, observant Gu Yiliang s’approcher.
Lao Huang déclara avec entrain : « Tout le monde est là, on y va. »
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Ce fut dit… mais personne ne bougea. Nous restâmes tous les trois immobiles, dans un silence pesant.
Lao Huang me regarda avec une expression qui disait clairement : « Je suis ton père, tu devrais m’ouvrir la portière pour montrer ta piété filiale, sinon je vais perdre la face. »
Je regardai Gu Yiliang avec une expression qui disait : « Oh, tu ne crois pas que je t’entretiens ? Alors ouvre-moi cette portière et prouve ta valeur. »
Gu Yiliang…
Gu Yiliang me renvoya exactement le même regard.
Moi : « ? »
Le vent du soir soufflait sans bruit, mais notre confrontation était encore plus silencieuse que lui.
Le chauffeur, debout à côté de nous, ne savait plus où poser son regard, oscillant entre nous trois.
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Bon, après tout, Lao Huang était le seul et unique mécène en or massif. Je me résignai et ouvris la portière pour lui. Il s’installa avec une expression de satisfaction éclatante.
Je montai ensuite à l’arrière à mon tour.
Le chauffeur poussa un soupir de soulagement et ouvrit la porte côté passager pour Gu Yiliang.
Gu Yiliang me fixa avec un regard incrédule, les lèvres serrées en une ligne rigide.
Moi : « ? »
867.
Gu Yiliang ouvrit la porte arrière.
Il referma la porte avant.
Il referma la porte arrière.
868.
Le moteur rugit, et la voiture démarra en douceur.
Je restai figé sur le siège passager, regardant à travers le rétroviseur les deux hommes en tenue de soirée, assis côte à côte à l’arrière, et commençai à remettre toute ma vie en question.
Traduction: Darkia1030
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