ISMM - Chapitre 39 – Tu es beau quoi qu’il arrive.

 

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Scénario : Gu Yiliang, un peu nerveux, un peu gêné, mais aussi un peu excité, t’invite au cinéma.
Question : Que fais-tu ?
Réponse : Je ne sais pas pour vous, mais moi, s’il me sourit ne serait-ce qu’un peu, alors qu’il s’agisse d’aller au cinéma ou de s’enfuir ensemble, je n’hésite pas une seconde. J’attrape mes affaires, je lui prends la main et je cours avec lui vers notre bonheur éternel, sans jamais me retourner.

 

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Je tournai en rond dans la salle de repos comme une mouche surexcitée, me frottant les mains tout en me préparant. J’enfilai un énorme masque noir, attrapai un manteau à col roulé et m’emmitouflai dans une écharpe bien épaisse—

Pourquoi diable n’y avait-il ni masque à gaz ni de masques faciaux dans cette salle de repos ?!

Alors que je me demandais sérieusement si je ne devais pas tout simplement enfiler un collant sur la tête, Gu Yiliang, amusé, me donna une tape pour me ramener à la réalité et me posa une casquette sur la tête : « On va voir un film, pas braquer une banque. Une casquette, ça suffira largement. »

Je protestai : « Mais… »

Il répliqua : « Habillé comme ça, tu risques soit de te faire arrêter par la police, soit d’être conduit au poste par un citoyen bien intentionné. »

Je restai muet.

Il me débarrassa de mon écharpe et de mon manteau, et je pris un instant pour réfléchir. Mes yeux tombèrent alors sur la trousse de maquillage qui avait miraculeusement survécu à l’assaut de Xiao Chen…

 

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Gu Yiliang était sagement assis sur sa chaise pendant que je m’affairais sur son visage. Il me lança, curieux : « Tu sais maquiller, toi ? »

« Un minimum, oui, » répondis-je en épaississant et abaissant légèrement ses sourcils avant de retoucher la forme de ses yeux. « Un peu d’anticernes, un coup de correcteur, quelques ajustements… Ça donne meilleure mine quand on doit voir du monde. »

Il m’observa et commenta : « Je ne remarque jamais que tu es maquillé. »

Remarque de mec hétéro n°1.

« Franchement, ça ne change pas grand-chose par rapport à ton visage naturel. »

Remarque de mec hétéro n°2.

« Mais de toute façon, tu es beau même sans maquillage. »

Remarque de mec hétéro n°3.

« Tu es beau quoi qu’il arrive. »

Je roulai des yeux : « … Ok, ok, si tu sais pas complimenter, arrête juste de parler. »

À peine avais-je fini ma phrase qu’il se pencha et me donna un baiser furtif avant de me sourire. « D’accord, je me tais. »

 

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J’étais vaincu.

Comment avais-je pu oublier sa capacité à enchaîner les actions sans logique apparente ?

Partagé entre mille émotions, je croisai mes bras et m’inclinai poliment devant lui.

Interloqué, il s’inclina à son tour avant de me demander d’un ton candide : « Et maintenant ? On scelle notre union devant le ciel et la terre ? »

Je restai sans voix.

 

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Xiao Chen poussa la porte et, en me voyant, s’arrêta net : « Pourquoi as tu les joues rouges ? »

Mon cœur, capturé et plongé dans un bain de miel par Gu Yiliang, battait à tout rompre. Je répondis en souriant bêtement : « Je suis en pleine forme. »

Xiao Chen changea de posture et lança d’un ton théâtral : « Donc, tu es un homme du colonel Xu ?! » (NT : référence à ‘Lian Jian’, un célèbre roman de guerre chinois écrit par Du Liang, qui a aussi été adapté en série télévisée).

Mon cœur dégrisa instantanément. Je le regardai froidement : « Perds-toi. »

 

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Une fois mon chef-d’œuvre terminé, je fis deux pas en arrière pour examiner le résultat. Parfait. Avec ces sourcils redessinés, un masque couvrant le bas du visage et les cheveux soigneusement coiffés, même l’impératrice elle-même ne pourrait pas le reconnaître.

Gu Yiliang attrapa alors la trousse de maquillage de mes mains. « À mon tour. »

Je le fixai, sceptique : « Tu sais faire ? »

Il répondit avec aplomb : « J’ai regardé ce que tu faisais, ça n’a pas l’air bien compliqué. »

 

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Assis dos au miroir, je le regardai abaisser les yeux en me dessinant les sourcils, et mon cœur se remplit d’une tendresse infinie.

Certes, il était en train de me faire un maquillage… pas très flatteur, mais ce genre de moments partagés—c’était juste incroyablement doux.

Xiao Chen nous observait avec une expression qui oscillait entre l’étonnement et la perplexité.

Gu Yiliang, absorbé par sa tâche, poussa un léger soupir de regret : « Dommage que mon téléphone soit en panne. Sinon, j’aurais posté ça sur Weibo. »

Ce mec qui ne se sentait bien que s’il postait quelque chose… Impossible de savoir s’il voulait simplement travailler son image ou juste afficher notre complicité.

Les fans avaient vraiment dû brûler de l’encens durant des années pour obtenir un idol aussi dévoué à leur satisfaction.

Je soupirai intérieurement, me retins de rire, puis réfléchis un instant. Finalement, je réglai mon téléphone sur la page de connexion Weibo et le lui tendis. « Prends mon compte. »

Il attrapa le téléphone, se connecta en quelques secondes et le remit aussitôt à Xiao Chen. « Tu peux nous prendre en photo ? »

Xiao Chen récupéra le téléphone avec une expression encore plus perplexe qu’avant.

 

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Ce n’est que lorsque je vis Gu Yiliang arrêter de taper sur son téléphone et appuyer sur le coin supérieur droit de l’écran que je réalisai brutalement—

SuperStarFans était toujours activé !!!

Même s’il m’avait pris pour une de ses fans par le passé, se faire attraper en pleine alerte de SuperStarFans, c’était carrément la honte ! C’est quoi ce petit trésor ?!

Au même moment où une notification surgit avec la vibration du téléphone, je le lui arrachai d’un coup sec.

Gu Yiliang cligna des yeux, son regard suivant brièvement mon écran avant de laisser échapper un léger rire. Il me frotta la tête en disant : « Continue à maquiller. »

On dirait que c’était passé crème. Soulagé, je le laissai reprendre son œuvre sur mon visage.

Xiao Chen me regarda, l’air de vouloir dire quelque chose, mais se retenant.

 

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Je soupirai : « Xiao Chen, si t’as quelque chose à dire, dis-le tout de suite— »

Il s’agita nerveusement : « Arrête de te réjouir et regarde-toi dans un miroir, vite, vite, vite ! Si tu tardes, il sera trop tard ! »

 

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Je regardai mon reflet.

L’euphorie romantique s’évapora instantanément.

Après avoir moi-même retiré mes sourcils qui ressemblaient à des algues séchées et m’être encore plus enlaidi, j’ajustai mon masque et ma casquette d’un air résigné avant de sortir avec Gu Yiliang.

Une fois dans la voiture, il tendit la main et me donna de légers coups du bout du doigt. « Désolé, j’avais une bonne intention, mais pas le niveau pour l’exécuter. »

J’étais profondément accablé d’avoir fait confiance à un homme hétéro. « Un maquillage aussi horrible est— »

Avant que je ne puisse finir ma phrase, il me coupa en me volant un baiser. Puis, du bout de sa langue, il effleura légèrement le coin de mes lèvres avant de sourire : « Tais-toi, tu es beau quoi qu’il arrive. »

Je restai figé : « … ! »

Non seulement il savait extrapoler, mais il pouvait aussi mentir les yeux ouverts sans sourciller. Génial. Franchement, digne d’être l’homme qui a réussi à me faire virer de bord.

Ma gorge se serra d’émotion, à tel point que j’en oubliai presque que c’était lui le coupable de mon maquillage désastreux. Dans un élan irréfléchi, je me penchai pour lui embrasser la joue.

Ce ne fut que lorsque je retrouvai mes esprits que je réalisai qu’il s’était déjà reconcentré sur la route.

Moi : « … »

 

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Il arrivait toujours à me faire tourner en bourrique, peu importe la situation !

Ma gorge se serra à nouveau, cette fois de frustration—frustration envers moi-même d’être aussi faible !

Ce soir, il fallait que je renverse la vapeur ! Je devais le prendre d’assaut et prendre le contrôle ! Laver cet affront d’avoir été séduit si facilement !

Je fixai son profil, concentré sur la conduite, tandis que mon petit moi intérieur serrait les poings, déterminé.

Et en pensant à tout ça, je finis par me mettre à sourire comme un idiot.

—C’est doux, tellement doux.

 

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La voiture filait sur la route, l’atmosphère était agréable. Rien que la brise nocturne suffisait à faire palpiter le cœur.

Alors… pourquoi ne pas ajouter une petite B.O. pour sublimer l’instant ?

Je pris l’initiative d’ouvrir sa playlist Top 50 des classiques romantiques anglophones.

Gu Yiliang, les mains sur le volant, me jeta un regard, me voyant me balancer au rythme de la musique. Il souffla un rire : « Je pensais que tu n’aimais pas ces chansons. La dernière fois que je t’ai emmené, tu avais l’air de les subir. »

C’est parce que la dernière fois, je n’étais pas encore tombé amoureux !

J’ouvris la bouche pour répondre, mais me retins de justesse.

 

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… Attends, quoi ?

D’après ce qu’il venait de dire… Ces chansons, il les avait vraiment choisies exprès pour moi ?!

Je le fixai, les yeux écarquillés : « Tu as sélectionné ces morceaux spécialement ? »

Il se frotta le bout du nez, un peu gêné : « … Ouais. Ce jour-là, je comptais t’emmener… euh, manger. »

Moi : « … ? »

Moi : « … »

Oh, ça me revient.

L’idiot qui avait réservé un restaurant gastronomique entier et engagé un violoniste.

 

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Peu importe si c’était pour le fanservice ou vraiment pour me draguer, le résultat était le même : j’étais tombé dans le panneau.

Le romantisme sucré m’envahit vague après vague, me faisant sourire doucement : « Mmh, c’est pas mal, en vrai. »

Il hocha la tête et, profitant d’un feu rouge, me frotta les cheveux. Puis, un peu nerveux, il ajouta avec sérieux : « Les paroles… C’est tout ce que je voulais te dire. »

Moi: ? Bah, alors dis-le directement !

Tellement alambiqué ! Franchement, toutes ces phrases d’amour, il aurait pu les compiler dans un fichier romance.rar et me l’envoyer par message !

Mais malgré cette pensée, je ne pus m’empêcher de repasser mentalement les paroles des chansons en boucle. Une véritable avalanche de déclarations implicites.

Mon cœur flottait dans un nuage sucré. Je tendis la main et la posai sur la sienne, toujours posée sur le levier de vitesse.

Juste au moment où le feu passa au vert, il marqua un léger temps d’arrêt avant d’appuyer sur l’accélérateur.

 

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Les mélodies continuaient, et l’ambiance romantique atteignait son apogée.

Ayant appris cette technique de drague par paroles interposées, je me mis à fredonner Close To You, puis me penchai légèrement vers lui.

Et, appliquant mon nouveau savoir-faire, je lançai : « À ton avis, pourquoi est-ce que je me penche vers toi ? Indice : c’est en rapport avec la chanson. »

Mon moi intérieur, tout timide : Parce que je veux être close to you~

Il tourna le volant, réfléchit une seconde, puis suggéra prudemment : « Parce que… les basses sont trop fortes et que si tu ne te penches pas, tu risques de te faire projeter ? »

Moi : « … »

Mon moi intérieur, tout timide : « … »

L’ambiance romantique, vague après vague, se retira.

 

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Il avait une sorte de paramètre immunité totale à la séduction ou quoi ?!
Moi, en revanche, j’étais à 100 % réceptif et j’avais pris des dégâts critiques !!!

 

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Le regard vide, le cœur en miettes, j’observai Gu Yiliang garer la voiture devant un Apple Store un peu à l’écart.

Il me demanda de rester dans la voiture sans bouger, puis entra dans le magasin.

Je regardai sa silhouette s’éloigner et soupirai intérieurement—
Pourquoi mon petit ami pouvait-il être à la fois insensible à la romance et l’incarnation même du romantisme ?

Était-ce une injustice du destin, ou bien était-il juste un idiot dont la maladresse elle-même devenait une arme de séduction massive ?

De toute façon, son personnage était pour moi une énigme insoluble.

Il mit un certain temps à revenir. M’ennuyant, je pris mon téléphone et tombai sur deux notifications non lues de SuperStarFans.

Je savais déjà qu’il m’avait sûrement @, mais je n’avais pas encore vu son post. Je cliquai pour ouvrir.

 

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@GuYiliang_Liam : « Ton doux souffle [brise légère] [brise légère] [rire] [rire] @WeiYanZi_William »

Image jointe : Gu Yiliang, dans une loge, baissé sur moi en train de me dessiner les sourcils. Composition parfaite, tonalité harmonieuse. Moi, avec deux grosses algues séchées à la place des sourcils, baignant dans une ambiance iodée.

Moi : « …………………………………… »

 

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Un maître ! Un roi ! Un joueur de haut niveau !

Cette déclaration implicite était d’une finesse extrême—parfait équilibre entre humour, audace et séduction.

Je m’incline. Complètement. Il est littéralement en train de me forcer à boire le calice de la romance jusqu’à la lie ?!!

Mon téléphone n’a été entre ses mains que quelques minutes, et en si peu de temps, il a réussi à :

  1. Voir mon post.

  2. Le comprendre.

  3. Trouver une référence appropriée.

  4. Poster sa propre version.

C’est un agent infiltré dans les rangs des shippers ou quoi ?!

Photo ensemble, @, maquillage, teasing subtil, message codé… et il a même repris la même chanson !!!

« Les fleurs m’ont raconté comment tu étais passé par là… »

Je ne tiens plus.

Gu Yiliang n’avait même pas laissé la fenêtre entrouverte en sortant. Je restai recroquevillé dans la voiture, une main sur la poitrine, littéralement en hyperventilation à force de trop de douceur.

L’insuline ne suffisait plus, il me fallait une assistance respiratoire.

 

727.
Gu Yiliang revint, le nez dans son téléphone, et monta dans la voiture.

Il tourna la tête vers moi : « Désolé pour l’attente— Attends, qu’est-ce que tu as ?! »

J’étais encore figé dans une posture bien trop suspecte, incapable de me ressaisir à temps. Alors, dans un ultime réflexe, je mis tout sur le compte du manque d’air et me mis à pointer frénétiquement la vitre.

Il s’empressa de l’ouvrir.

Je pris de longues inspirations exagérées, comme si je venais d’échapper à la noyade, puis, avec une moue plaintive, accusai : « Tu voulais m’étouffer ou quoi ! »

Il se pencha vers moi et me fit plusieurs respirations artificielles—pardon, plusieurs baisers. Puis, en riant, il me pinça la joue : « Si tu veux un bisou, dis-le directement. »

Sous le choc, je faillis vraiment me retrouver en hyperventilation pour de bon.

Son pouvoir de séduction et sa capacité à déformer mes intentions dépassaient encore mon imagination.

 

728.
Quel roi, quel maître du jeu !

Encore une fois, j’ai perdu !

Non… Attends. Ai-je seulement une chance de gagner face à lui ?!

 

729.
La voiture redémarra, mais mon esprit était en pleine confusion.

Je le poussai du bout du doigt. Une fois. Deux fois. Puis, avec un soupçon de méfiance, je demandai: « Dis, t’as déjà fait du fanservice avec d’autres avant ? »

Il cligna des yeux :

« Hein ? Non, jamais. »

Moi : ?

Moi : …Alors pourquoi es-tu si doué ?!!

J’essayai de me reprendre : « …Oh. Au fait, toi aussi tu écoutes Cheer Chen ? » (NT : chanteuse, auteure-compositrice et musicienne taïwanaise)

Lui :

« Ouais, pourquoi ? »

Avant que je ne puisse répondre, il tourna légèrement la tête vers moi et sourit : « Tu as vu mon post, alors ? »

Avant que je ne puisse encore répondre, il enchaîna : « Cette chanson est assez méconnue, j’avais peur que tu ne la connaisses pas. »

Moi : ?

Moi : …?

 

730.
Attends…

Donc il n’a pas vu mon post ?!!

 

Traduction: Darkia1030