MISVIL - Chapitre 60 – Théorie du chaos

 

 La vision esthétique de Song Qingshi paraissait vraiment... indescriptible ?

 

Song Qingshi réfléchit toute la nuit et décida de remettre le problème à plus tard pour se concentrer d’abord sur l’état de Yue Wuhuan.

Il passa en revue dans son esprit tout ce qu’il savait de la psychologie, qu’elle soit celle du monde immortel ou celle des temps modernes, mais srestaitt toujours impuissant face à la maladie de Yue Wuhuan.

Son Âme naissante le faisait parfois souffrir, lui rappelant la sensation du cœur qui s’emballe.

Les niveaux de phényléthylamine (NT : l’augmentation de la PEA entraîne une montée d’émotions intenses) augmentaient, et son esprit rationnel s’effritait peu à peu.

Ayant perdu toute légitimité pour être psychologue, il décida d’abandonner ce rôle… et de suivre son instinct.

Song Qingshi prépara une liste de remèdes pour apaiser les émotions, puis les fit mijoter lui-même pour en faire une décoction calmante qu’il apporta à Yue Wuhuan. Bien que l’effet des médicaments fût limité, Yue Wuhuan vivait dans un état constant de tension, son esprit accaparé par mille pensées. Il dormait à peine, ce qui risquait d’aggraver son état.

Yue Wuhuan prit la décoction, le remercia avec un sourire, puis en huma l’arôme avant d’en goûter une gorgée : « Fleur de Suchang, sable de Lune-Claire, graisse d’Héhe, pierre de Cannelle… Ce sont toutes des plantes aux vertus apaisantes et favorisant le sommeil ? »

Non seulement il connaissait parfaitement la pharmacopée, mais son palais affûté lui permettait de distinguer la moindre nuance de saveur et de deviner instantanément les effets du breuvage.

Song Qingshi, incapable de le tromper, hocha sagement la tête.

Yue Wuhuan repoussa la tasse vers lui : « Maître, je vais très bien, je n’ai pas besoin de ces remèdes. »

Song Qingshi expliqua : « Tu dors trop peu, ce n’est pas bon pour ta santé. »

« Je dors, juste peu, mais suffisamment pour répondre aux besoins de mon corps. » Yue Wuhuan sourit de plus en plus tendrement, son ton devint plus sincère. Nulle part on ne pouvait percevoir qu’il souffrait le moins du monde. . « Je n’aime pas dormir. Rêver, c’est du temps perdu. La vie est courte, la route longue, j’ai encore tant de choses à apprendre, tant de choses à faire. »

Song Qingshi, tenant toujours la tasse, tenta de le convaincre : « Mais… »

Yue Wuhuan plongea son regard dans le sien et déclara avec sérieux : « Maître, je ne suis pas malade. »

Song Qingshi céda : « D’accord. »

Il repartit du palais, abattu, puis vida la décoction dans un fossé.

Se rendant compte qu’il avait déçu les bonnes intentions de Song Qingshi, Yue Wuhuan se sentit légèrement mal à l’aise. Après réflexion, il décida de détourner son attention avec quelque chose d’amusant pour lui rendre le sourire.

Une liane de la Vigne de Sang s’étira et s’enroula doucement autour de la taille de Song Qingshi, lui chatouillant légèrement la peau.

Celui-ci éclata de rire : « Wuhuan, ça chatouille ! »

Yue Wuhuan apparut dans l’ombre d’un mur, souriant en voyant son maître enlacé par la liane. Reliée à sa conscience, elle lui donnait la sensation de le tenir dans ses bras. Jouant avec l’idée de le taquiner un peu, il ne s’attendait pas à ce que Song Qingshi, fier comme il était, refuse d’admettre sa défaite, riant jusqu’aux larmes sans pour autant supplier d’arrêter.

En fin de compte, il dut capituler et dit en riant :

« Maître n’a-t-il pas ramené beaucoup de cadeaux ? Allons les distribuer, Qing Luan et les autres les attendent avec impatience. »

« Oh, c’est vrai. » Song Qingshi essuya les larmes de rire qui perlaient au coin de ses yeux et se rappela soudain cette tâche importante. Il devait aussi vérifier leurs devoirs et distribuer les prix en fonction des résultats. « Wuhuan, viens avec moi. Je ne les connais pas bien, j’ai peur de dire quelque chose de déplacé. »

Yue Wuhuan voulait volontiers l’accompagner : « Il se trouve que j'allais là-bas pour chercher du matériel pour fabriquer des cerfs-volants. »

Dans les écoles, il y avait des bourses d’études, et certains professeurs offraient de petits cadeaux à leurs élèves préférés en guise d’encouragement.

Song Qingshi avait songé à l’avenir de ces enfants issus du monde mortel. Il n’existait pas de concours impériaux dans le monde des immortels. Nés dans la pauvreté et dotés de capacités physiques limitées, ils ne pourraient pas s’élever bien haut sur la voie de la cultivation. Mais l’intelligence, elle, était impartiale.

Talismans, mécanismes, pharmacopée, médecine, alchimie…

Dans le temple du savoir, il n’y avait ni mortels, ni immortels, ni hybrides. Chacun partait du même point de départ.

Song Qingshi en avait parlé avec Yue Wuhuan : « Si un jour, le monde venait à changer grâce aux mortels, ce serait fascinant. »

Yue Wuhuan avait trouvé ses paroles absurdes et avait rétorqué : « Que pourraient bien accomplir les mortels ? Fragiles comme des fourmis, ils meurent au moindre coup de vent. »

« Je ne sais pas. » Song Qingshi reconnaissait lui-même que son idée manquait de maturité, mais il avait vu un monde bâti par les mortels, un monde d’une splendeur différente. « Wuhuan, as-tu entendu parler de la théorie du chaos ? C’est l’idée que l’imprécision et l’incertitude peuvent engendrer des événements inattendus, et que n’importe quel résultat peut en découler. Par exemple, un simple battement d’ailes de papillon peut modifier subtilement les courants d’air et, par un effet en chaîne, provoquer une tornade à des milliers de kilomètres. Chaque détail insignifiant façonne le changement du monde. »

Yue Wuhuan, de plus en plus perplexe, demanda : « Comment Maître sait-il que les ailes d’un papillon peuvent déclencher une tornade ? »

Song Qingshi tenta alors de lui expliquer les systèmes déterministes, les mouvements aléatoires et non linéaires, embrouillant totalement Yue Wuhuan. À un moment donné, la discussion bifurqua sur la toxicologie du papillon noir de la mort et ses mécanismes d’action, puis dériva vers un débat sur l’ingénierie des dispositifs médicaux…

En somme, il espérait que ces enfants étudient sérieusement et s’améliorent jour après jour pour devenir des talents utiles à l’avenir !

Quand Song Qingshi arriva à l’école, Qing Luan était en train de guider les élèves dans l’identification des plantes médicinales et la réalisation d’expériences. Les rires fusaient.

Il la trouvait de plus en plus brillante depuis qu’elle s’était libérée de ses chaînes. Avec une beauté digne d’une star de cinéma et une intelligence comparable à celle d’un élève d’une grande université, bien qu’elle ne puisse rivaliser avec Yue Wuhuan, génie absolu, elle restait une personne d’un talent exceptionnel. Elle semblait aussi véritablement passionnée par la médecine : ses yeux brillaient lorsqu’elle observait les souris blanches, bien que son intérêt pour la toxicologie soit plus modéré.

Voyant le maître s’approcher, Qing Luan fit signe aux enfants de se calmer immédiatement.

Song Qingshi leur demanda de rendre leurs devoirs de cette période afin de vérifier leurs progrès. La plupart des enfants avaient suivi ses anciens sujets et s'exerçaient à étudier les médicaments liés à la cultivation dans le monde des immortels. Seule Qing Luan se consacrait à des remèdes ordinaires pour soigner les maladies et les blessures internes et externes. Parmi eux, un médicament était destiné à contrer l'inflammation et à prévenir les infections des plaies. Song Qingshi estimait l'avoir déjà perfectionné, mais elle continuait d'essayer d'en améliorer la formule. Certaines de ses modifications réduisaient même l'efficacité du remède, comme si elle poursuivait un tout autre objectif.

Bien que tous ses essais d'amélioration aient échoué, l'idée en elle-même était intrigante.

Song Qingshi l'appela pour discuter de sa démarche.

Qing Luan se montra embarrassée : « Je veux réduire le coût et la difficulté de fabrication de ce médicament. »

Song Qingshi était perplexe : « Mais si tu fais cela, l'efficacité de la pilule purificatrice ne pourra pas atteindre son plein potentiel. »

Qing Luan semblait nerveuse. Elle jeta un regard furtif à Yue Wuhuan et, voyant qu'il lui permettait de parler, elle expliqua enfin : « Mon père était un médecin itinérant. Bien sûr, il ne possédait pas une grande expertise, il se contentait de soigner les petits maux du village. Ses revenus étaient maigres. Petite, je l’accompagnais lorsqu’il soignait des patients. Un simple rhume pouvait emporter un enfant. Un forgeron pouvait mourir d'une blessure au pied causée par un clou rouillé. Une simple chute pouvait être fatale à un vieil homme. Ils n’avaient pas les moyens d’acheter des médicaments aussi coûteux… »

Song Qingshi resta un instant figé. C'était un domaine auquel il n'avait jamais vraiment réfléchi.

« La pilule purificatrice du Seigneur a une efficacité maximale, cela ne fait aucun doute », Qing Luan mordilla sa lèvre avant de poursuivre, laissant enfin s’échapper les mots enfouis au fond de son cœur, « mais je pense que pour de nombreuses blessures, si elles sont traitées à temps, il n'est pas nécessaire d'utiliser un remède aussi puissant. Je veux réduire le coût de la pilule purificatrice pour en faire un médicament accessible, un remède que même les médecins ordinaires du monde mortel pourraient utiliser. Peut-être que je rêve éveillée, mais… Mon père a été par une chute de pierre alors qu'il allait voir un patient. Sa blessure s'est infectée et il n’a pas survécu… »

Yue Wuhuan trouva qu’elle en disait trop et l’avertit à voix basse : « Qing Luan, ne parle pas de ça. »

« Je suis désolée, je dis n’importe quoi », Qing Luan baissa les yeux, un voile de tristesse couvrant son regard. « Je me disais juste… Si un tel médicament existait, si les gens ordinaires pouvaient se l’offrir, alors mon père ne serait peut-être pas mort, et ma famille n’aurait pas été détruite… »

Song Qingshi réfléchit longuement, puis sourit : « Tu as raison. Tu as le cœur d’un véritable médecin. »

Qing Luan leva la tête, stupéfaite, oubliant même d’essuyer les larmes dans ses yeux.

Song Qingshi examina de nouveau ses propositions et lui donna quelques conseils : « Essaie de remplacer l’herbe rouge moineau par l’herbe rouge pourpre, puis réduis la proportion de pierre grue-nuage… C'est une de mes anciennes formules, que j'avais rejetée parce qu'elle ne garantissait pas l'efficacité maximale. Tu peux partir de là et l’améliorer. Tu pourrais aussi étudier la pénicilline. Son coût est très bas, ce qui la rend adaptée aux mortels… Je me souviens d’autres antibiotiques peu coûteux, je te rassemblerai des documents là-dessus plus tard. »

Qing Luan était aux anges et ne cessa de le remercier.

Un étrange sentiment naquit alors dans le cœur de Song Qingshi. Il jeta un coup d'œil à Yue Wuhuan, qui ne semblait pas attacher d’importance à ce genre de préoccupations, puis regarda le ciel gris à travers la fenêtre. Il avait l'impression que quelque chose était en train de changer, imperceptiblement.

*

Grâce à la surveillance stricte de Qing Luan, la majorité des enfants avaient produit un excellent travail. Seuls He Qingyun et Ming Hong faisaient exception. He Qingyun n’avait jamais eu la moindre intention d’étudier et préférait travailler la terre. Ming Hong, lui, bien qu’il fût très talentueux, n’avait pas la tête à la médecine. Son talent pour la cultivation surpassait celui des autres, et il admirait l’art du sabre de Yue Wuhuan. Son rêve était de devenir un véritable cultivateur et de protéger les siens.

Tous deux avaient exprimé clairement leur vocation.

Chacun avait ses aspirations, et il n’était pas juste de les contraindre.

Song Qingshi décida d'attribuer un domaine de spécialité à chacun plus tard, afin que chacun puisse suivre la voie qui lui plaisait.

Pendant ce temps, Yue Wuhuan avait enfin trouvé des tiges de bambou et des morceaux de bois adaptés à la fabrication de cerfs-volants. Il s'assit à côté, taillant minutieusement les bambous avec un couteau pour leur donner la bonne forme, assemblant les premières pièces d’un cerf-volant qui promettait d’être grand et magnifique. Song Qingshi était ravi en le voyant faire. Il sortit les nombreux cadeaux rapportés de Nanhai et les distribua aux enfants.

Qing Luan, qui avait obtenu les meilleurs résultats, refusa plusieurs fois avant de finalement accepter une épingle en or incrustée de perles et de pierres précieuses, un rouleau de brocart bleu et d’autres objets : une sculpture en bois d’un design étrange et une bouteille en verre coloré. Après un moment d’observation, elle comprit immédiatement. Le tissu et les bijoux venaient sûrement de Wuhuan, tandis que les objets insolites devaient être l'œuvre du Maître.

Song Qingshi avait tendance à dépenser sans compter dès qu’il avait de l’argent. Il avait d’ailleurs dépensé la majorité de ses économies pour acheter des pierres précieuses à Yue Wuhuan : jade draconique, perles de sirène, pierre de lune… Les gemmes du monde immortel étaient d’une beauté inégalée, bien au-dessus des babioles mortelles. Pourtant, dans la collection de Yue Wuhuan, seules les premières pierres mortelles offertes par Song Qingshi avaient été précieusement conservées. Les autres avaient été remplacées par des trésors obtenus dans des ruines secrètes : jade doré, perles spirituelles de cristal…

Cette fois, en voyant Song Qingshi acheter des bijoux, Yue Wuhuan avait remarqué qu’il tombait systématiquement dans les pièges des vendeurs, se dirigeant droit vers les objets les plus grossiers, massifs et kitsch, voire invendables. Il avait même failli lui acheter un collier de pierres précieuses d’une extravagance indescriptible, qu’il louait avec enthousiasme.

Bien que Yue Wuhuan soit convaincu de pouvoir porter avec prestance n’importe quelle parure, il savait qu’en sortant ainsi, son goût risquait d’être remis en question.

Il ne pouvait plus tolérer une telle catastrophe. Il avait donc dû intervenir pour choisir à la place de Song Qingshi des bijoux et des tissus décents à offrir.

En y repensant…

La vision esthétique de Song Qingshi paraissait vraiment si… indescriptible ?

Il se remémora le ton employé par Song Qingshi en le complimentant sur sa beauté. Était-ce le même qu’il avait utilisé pour encenser ce collier de pierres criardes ?

Yue Wuhuan jeta un coup d'œil discret au miroir et commença à douter de sa propre beauté.

 

Traduction: Darkia1030

 

 

 

 

Créez votre propre site internet avec Webador