Little mushroom - Chapitre 12 – Qu’est-ce que tu as dans la main ?
Peut-être trois, peut-être quatre secondes s’écoulèrent, les doigts de Lu Feng quittèrent son visage, la chaleur disparaissant rapidement dans la brise nocturne, pour finalement se dissiper.
An Zhe rouvrit les yeux pour apercevoir le dos de Lu Feng s’éloignant, identique à celui qu'il avait vu le jour où ils étaient à la porte de la base.
Soudain, une lumière blanche inonda la place.
An Zhe plissa les yeux. Lu Feng devint flou entres ses paupières, et quand sa vision redevint nette, l'ombre noire avait déjà disparu dans la foule. Des soldats de la garde s’arrêtèrent pour emporter le corps de Dusai. Ses longs cheveux châtains scintillant d'une lueur dorée sous les projecteurs, et les yeux clos, elle semblait paisible. Ce à quoi elle pensait dans ses derniers instants, An Zhe ne le saurait jamais.
De nombreuses personnes se tournèrent dans leur direction. Une fois les soldats de la garde partis, elles commencèrent à chuchoter. An Zhe avait une bonne ouïe, il attrapa donc des bribes de conversation. Beaucoup de gens connaissaient l'hôtesse du troisième niveau souterrain du marché noir, et certaines d'entre elles regrettèrent le départ de cette belle femme, tandis que d'autres craignaient que les monstres ne les infectent également.
Bientôt, la voix mécanique retentit à nouveau.
« Veuillez rester où vous êtes et attendre. Dans 30 minutes, le tribunal commencera à examiner chacun d'entre vous. »
La voix était douce, mais personne ne pouvait l'apprécier en cet instant. Les gens se regardèrent rapidement, réalisant que personne ne savait si les personnes autour d'elles étaient de véritables humains. La foule se mit à se mouvoir comme une fourmilière, chacun essayant de se tenir aussi loin que possible des autres, qu'ils les connaissent ou non. Finalement, la confusion se dissipa pour laisser place à un réseau clair et aéré.
An Zhe resta sur les bords de la foule, à côté des traces de sang laissées par Dusai. Il observait les expressions effrayées des visages des humains autour de lui, puis réalisa que, fondamentalement, la base humaine et les Abysses étaient similaires.
Soudain, une voix criarde retentit au loin : « Il y a quelque chose sur son visage ! »
Puis il y eut des bruits de lutte, comme si des gens se battaient. Après quelques secondes, un coup de feu mit fin à la mêlée.
Silence. Une atmosphère pesante s'abattit sur la place, laissant le souffle retenu.
Si quelqu'un avait dit à An Zhe à ce moment-là que l'endroit où il se trouvait était en réalité un cimetière et que les gens autour de lui n'étaient que des pierres tombales en rangées, il n'aurait pas remis en question la véracité de ces paroles.
Il observa autour de lui, cherchant Lu Feng. Cependant, la foule était dense, et il ne put le repérer. Finalement, il détourna le regard pour fixer le sol en marbre poli blanc de la place.
Soudain, il s'arrêta.
À cinq mètres devant lui, il y avait une lueur cuivrée sur le sol, près des pieds d'un homme.
Sa première pensée fut que la douille qu'il portait autour de son cou était tombée. Il se précipita vers son col pour vérifier, mais il pouvait sentir l'objet dur sous la chemise, en sécurité.
Il s'approcha de la lueur, passant entre les gens, et fut bientôt à quelques mètres de l'objet. Puis il s'agenouilla et ramassa une douille de laiton, identique à celle qu'il avait autour du cou.
À cet instant, sa main trembla légèrement.
Il sentait quelque chose dont il connaissait très bien le poids, le motif et la taille. Il avait dans la main une douille, identique à celle qu'il portait autour du cou.
Il repensa à la manière dont, cinq minutes plus tôt, Dusai avait touché l'ampoule sur sa tête, résultant de l'infection par le ver parasite. Elle avait pris conscience qu'elle ne survivrait pas et serait exécutée par le Juge. Malgré sa peur, elle semblait avoir voulu se rapprocher du Juge, faisant quelques pas dans sa direction.
Mais avant qu'elle n'atteigne Lu Feng, la balle avait pénétré son corps. Où se trouvait Lu Feng à ce moment-là ? An Zhe observa le sang noirci sur le sol, à quelques mètres. À ce moment précis, Lu Feng se tenait là où An Zhe se trouvait actuellement, ou peut-être non loin de là, puis avait ouvert le feu.
Il se souvint de ce qu'était une douille, il le savait, c'était une munition. Lorsque la balle quittait le canon de l'arme à feu et était éjectée, la douille restait à l'arrière. Le rôle d'une douille était d'expulser la balle de l'arme. Elle était jetée à terre par l'objet, avec un coup sec, pour qu'une nouvelle balle puisse être chargée. Les douilles tombaient invariablement lorsqu'on tirait un coup de feu.
Il ne faisait aucun doute que la douille qu'An Zhe avait ramassée maintenant appartenait à Lu Feng, le Juge du tribunal. Cependant, qu'en était-il de la douille précise qu'An Zhe avait trouvé dans le désert où sa spore lui avait été prélevée ? Avait-elle un lien avec le tribunal ?
Une sensation indescriptible l'envahit, un sentiment de peur, mais dans le même temps, une lueur d'espoir. S'il s'avérait que sa spore était liée au tribunal, il pouvait anticiper à quel point il serait difficile de la récupérer. Demander directement à ce sujet n'était pas une option. Poser des questions concernant la spore équivaudrait à reconnaître ouvertement qu'il était lui-même un champignon.
Pendant qu'il était perdu dans ses pensées, les trente minutes s'écoulèrent. La voix mécanique s’éleva à nouveau : « La période de transition est terminée. Veuillez vous mettre en file indienne pour la vérification de l'infection. Une fois inspecter, veuillez quitter les lieux de votre propre chef. »
Après plusieurs réitérations de l'instruction, une grande lampe s'alluma à l'autre bout de la place, puis les gens commencèrent à s'approcher lentement pour passer l'inspection.
À côté d'An Zhe, il y avait ce qui devait être un père et son fils, ou du moins ils semblaient l'être, car l'un était légèrement plus âgé, avec une barbe, tandis que l'autre était un adolescent d'environ treize ou quatorze ans.
Il entendit le garçon demander : « Pourquoi attendre trente minutes ? »
« Les juges ne sont pas des machines, il faut du temps pour déterminer si tu as été mordu par un insecte. » murmura son père. « Les Juges disent que trente minutes suffisent pour détecter une infection. Tu n'as jamais été à l’extérieur, mais même à la porte de la ville, il faut attendre trente minutes. »
Le garçon demanda : « Oh. »
Puis il continua : « Mais comment peuvent-ils le voir en trente minutes ? »
« Ne me demande pas ça. » répondit son père. « Comment pourrais-je savoir comment ils font ça ? »
« J'ai entendu dire qu'ils tuent qui ils veulent... »
« Arrête. » dit son père d'une voix saccadée avec une pointe de peur. « Tu veux être exécuté maintenant ? »
Comme pour confirmer les paroles du père, un coup de feu retentit à ce moment précis.
Ils se turent immédiatement.
Les vérifications des Juges progressaient rapidement, des coups de feu se faisant entendre à intervalles réguliers. Pendant un certain temps, chaque coup de feu était suivi d'un autre, parfois de plusieurs. Après ces séries de coups de feu, il s'écoulait un long moment sans que les Juges n'en tirent un autre. Le père à côté d'An Zhe se demanda : « Ils ont presque fini, non ? »
À ce moment-là, un autre coup de feu retentit, et le garçon à ses côtés frissonna.
Les personnes jugées infectées étaient exécutées sur place, tandis que celles déclarées sûres pouvaient quitter les lieux. La place se vida progressivement, et les gens se regroupèrent naturellement en une file d'attente lâche pour se faire inspecter. An Zhe, resté à la fin de la file, comptait chaque coup de feu tiré. Lorsqu'il atteignit le numéro soixante-treize, il se rapprocha de la sortie de la place.
À l'entrée, Lu Feng s’était adossé à un pilier, sous les projecteurs. On pouvait distinguer sa silhouette élancée. Deux juges se tenaient à ses côtés, tandis que les soldats lourdement armés de la garde se trouvaient de part et d'autre de lui, le sol devant eux était maculé de taches de sang.
Non, il n’y avait pas que de l’hémoglobine. Le sol était jonché d'autres objets, des douilles en laiton, éparpillées anarchiquement.
Le père et le fils à côté d'An Zhe passèrent l'inspection en toute sécurité. Lorsque ce fut son tour, il fit quelques pas en avant et s'arrêta devant Lu Feng.
Lu Feng était plus grand que lui, il devait lever les yeux pour croiser son regard. Il ressentit le regard scrutateur de Lu Feng, qui semblait le jauger de haut en bas.
« Qu'est-ce que tu as dans la main ? » lui demanda Lu Feng.
An Zhe n'aurait pas imaginé que même quelque chose d'aussi petit dans sa main puisse être remarqué. Confronté au regard distant de l'assesseur, il leva simplement la main, et ouvrit la paume pour révéler la douille qui gisait à l'intérieur, comme toutes celles éparpillées sur le sol. C'était l'emblème d'une exécution par les juges, représentant la mort d'un être humain.
Le silence s’installa entre eux.
Après un moment, An Zhe entendit Lu Feng dire : « Allez, avance. »
La nuit était très sombre, le vent soufflait fort, dispersant les voix, et la voix de Lu Feng parvint aux oreilles d'An Zhe, paraissant légèrement plus grave que d'habitude.
An Zhe resta silencieux, fit volte-face puis s'enfonça dans l'obscurité de la nuit.
Traduction: Darkia1030
Edition: AymxLuna
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