Little mushroom - Chapitre 5 - Juge Lu Feng, meurs de la pire mort.
Le sang de Vance s'étalait devant les yeux d'An Zhe, d'un rouge profond. Les gens dans la file d'attente avaient entendu les mouvements et se retournèrent pour regarder dans sa direction. Voyant ce qu’il s'était passé, ils s’en détournèrent pour reprendre leurs positions initiales, comme si de rien n'était.
Cependant, Vance était mort. Un homme avait été tué aux portes de la base humaine et personne ne le contestait.
An Zhe réalisa soudain que cette personne face à lui était le Juge, l'homme que Vance avait mentionné un jour plus tôt. Il était le maître du tribunal de première instance, le juge possédant le pouvoir de déterminer si tous ceux qui entraient dans la porte étaient humains ou xénogéniques. Il pouvait décider de la vie et de la mort de n'importe qui, peu importe son rang, sans besoin d’aucune justification.
C'était maintenant au tour d'An Zhe d'être jugé. Au début, son cœur battit fort. Au moment où le museau de l’arme pointa vers lui, An Zhe réalisa qu'il allait vraiment mourir. Pourtant, en regardant les yeux verts froids du juge, il revint progressivement au calme. Venir à la base nord était une décision qu'il devait prendre. Ce procès était donc un passage obligatoire, peu importait l'issue.
Il resta silencieux et compta les secondes dans son cœur.
Un deux trois.
Le bruit du pistolet ne retentit pas. Le juge pointait toujours son arme sur lui et marcha lentement vers lui. Les gens dans la file d'attente se mirent à bouger. Ils avancèrent, s’écartant spontanément et après quelques instants, An Zhe se retrouva seul dans cette zone dégagée.
11, 12, 13.
À la 14ème seconde, le juge arriva sur lui. Ses doigts agrippaient la poignée de l'arme tandis qu'il en baissait le canon. Puis il rangea son arme. An Zhe l'entendit dire : « Viens avec moi. »
Le ton fut simple et froid, comme ses yeux. An Zhe se tint là, attendant qu'il parte, mais trois secondes plus tard, l'homme n'avait pas bougé. Il leva les yeux avec incrédulité. Puis il entendit la voix du juge, encore plus glaciale qu'avant. « Tends la main. »
An Zhe tendit la main.
Clic.
Il frissonna à la sensation de gel. Un bracelet de menottes en argent était maintenant autour de son poignet tandis que l'autre était tenue par l’officier.
An Zhe fut emmené ainsi. Curieusement, quand Vance avait été abattu, les gens dans la file d'attente n'avaient pas réagi. Pourtant, maintenant qu'il était emmené par le Juge, ils tournaient la tête et chuchotaient entre eux.
An Zhe n'eut le temps de regarder le corps de Vance à terre que lorsqu'il fut traîné à travers la porte de la ville. À l'intérieur de la porte, il découvrit que ce n'était pas un passage étroit mais une vaste zone divisée en plusieurs espaces avec des éclairages blancs partout. Les lumières se reflétaient sur les murs d'acier, rappelant la neige réfléchissant les nuances grises de la lumière hivernale.
Les soldats lourdement armés d’armes puissantes étaient tout aussi nombreux que ceux à l'extérieur. Étroitement entourée des soldats et de leurs armes lourdes, se trouvait une longue table blanche. Trois officiers en uniformes noirs comme le Juge étaient assis à cette table. An Zhe devina qu'ils étaient des juges. Un humain était assis en face d'eux et un juge l’interrogeait : « Comment est votre relation avec votre femme ? Elle n'est pas sortie de la ville avec vous cette fois ? »
Sur la base des souvenirs d'An Ze, An Zhe savait que chez les humains infectés, en plus des changements d'apparence et d'habitudes de comportement, l'esprit et la mémoire étaient également affectés. Ainsi, un interrogatoire était l'un des moyens d'identifier un xénogène.
A cet instant, l'homme qui l'avait amené regarda les juges et ordonna : « Dépêchez-vous. »
Après que le juge central ait dit « Oui. », il regarda la personne jugée en face de lui. « Vous pouvez y aller. »
L'homme avait l'air d'avoir survécu à une catastrophe. Il se leva avec le sourire aux lèvres et traversa rapidement le passage de la porte vers la ville. Ce n'est qu'à ce moment-là qu'An Zhe put confirmer que l'homme qui l'avait amené était en effet le Juge. Il n'avait pas dit "dépêchez-vous" pour accélérer l'interrogatoire mais pour montrer qu'il avait établi que l'homme jugé était un humain.
La prochaine personne à être jugée marcha de la file d'attente jusqu’à la longue table. La distance entre la file d'attente et la longue table était très importante et il y avait plusieurs machines en forme de porte au milieu à franchir. Elles étaient placées à distance les unes des autres et la personne devait les passer en prenant des pentes et des virages. An Zhe s'est rendu compte que c'était pour montrer le plus possible les actions de la personne aux juges.
Cependant, il ne put en voir plus, car la seconde suivante, il avait tourné à un coin et fut conduit dans un long couloir. L'homme l’accompagnant sortit un appareil de communication noir et parla dedans : « Tribunal, Lu Feng, demande un test génétique. »
An Zhe devina que les deux mots au milieu étaient son nom. Puis une porte mécanique s'ouvrit devant eux. Lu Feng entra directement tout en tirant An Zhe. Ce dernier chancela mais suivit également.
C'était une pièce d'un blanc argenté remplies de machines inconnues disposées du sol au plafond. Six soldats montaient la garde autour de la salle. Derrière l'établi, à une extrémité de la pièce, se trouvait un jeune homme aux cheveux blonds courts, aux yeux bleus et vêtu d'une blouse blanche.
« Le colonel Lu est venu ici. » L'homme remonta ses lunettes sur l'arête de son nez et haussa la voix avec défi. « Ne résolvez-vous pas tous les problèmes avec des balles ? »
Lu Feng dit froidement : « Docteur, veuillez coopérer. »
Le médecin jeta un coup d’œil à Lu Feng. Il se leva et dit à An Zhe : « Suivez-moi. »
Après être allé avec lui, An Zhe fut allongé sur une plate-forme blanc argenté, ses membres fixés avec des bracelets mécaniques et des anneaux de pied. Le médecin ordonna : « Ne bougez pas. »
Immédiatement après, il sentit une douleur au bras. Il tourna la tête et vit le médecin retirer lentement un tube de sang rouge vif de son corps. Le médecin déclara : « La couleur de votre sang est saine. »
An Zhe répondit : « Merci pour le compliment. »
Le docteur fut amusé par sa réponse. « Le sang sera envoyé pour des tests génétiques, ce qui prend une heure. L'analyse complète du corps devrait prendre 40 minutes, alors ne bougez pas. »
Il finit de parler et une lumière bleue clignota sur la plate-forme d'argent. On entendit un bourdonnement sourd qui ne venait d’aucune direction précise. Chaque grain d'air était la source du son. Le son résonnant de toutes les directions rappelait à An Zhe les nuits lointaines dans les Abysses. Le clapotis des vagues venant de la mer lointaine. Quand la nuit était la plus sombre, on entendait des hurlements de créatures inconnues en provenance de cette direction. Les vagues qu’on ne pouvait décrire avec un langage humain déferlaient sur la terre pendant la saison des pluies.
Le courant électrique était comme d'innombrables fourmis qui rampaient et le mordaient. 40 minutes, ce n'était pas long pour un champignon. Cependant, An Zhe pensait que ce pourrait être les 40 dernières minutes de sa vie, alors il les a chéries, tout en regardant attentivement les motifs mécaniques du plafond.
On ne savait pas combien de temps s'était écoulé lorsqu'il entendit Lu Feng parler à l'extérieur : « Seran m'a dit que vos méthodes d’inspection avaient été améliorées. »
« Vous êtes très bien informé ! » déclara le médecin. « Nous avons découvert que lorsque le corps humain mute, certains segments spéciaux de l'ADN s’activent. Nous les avons nommés ‘’la cible’’. Il existe deux types de cibles, la variation animale et la variation végétale. La détection améliorée des gènes mutés est réalisée en utilisant deux processus en même temps. L'un recherche la mutation de la cible animale et l'autre celle de la cible végétale. Cela prend une heure au total. »
Lu Feng lâcha : « Félicitations. »
Le docteur sourit. « Colonel, si le temps et le coût des tests génétiques sont considérablement réduits, votre tribunal ne devra-t-il pas fermer ? »
« J'ai hâte d'y être. »
« Vous êtes ennuyeux. »
Ils cessèrent de parler.
Pendant ce temps, An Zhe regardait toujours le plafond blanc argenté et se demanda quelle était sa nature. Il était un champignon. Le médecin avait dit que la mutation était de type animale ou végétale. Tout d'abord, An Zhe estima qu’un champignon n'était pas un animal. (1) Ensuite, les champignons ne semblaient pas être des plantes ; ils n'avaient pas de feuilles (NT : Note - les plantes ne sont pas définies par leur structure apparente mais par le fait qu’elles sont capables de produire des matières organiques). An Zhe était confus. Il essaya de se convaincre qu’il était une plante mais ne trouvait pas suffisamment d’arguments en cette faveur.
Il lui fallut du temps pour réfléchir. Avant qu'il ne parvienne à des résultats convaincants, la lumière bleue reflua comme à marée basse.
« C’est tout. » La voix du médecin retentit et les anneaux mécaniques se desserrèrent automatiquement.
Le médecin continua à parler : « Colonel, puis-je vous demander pourquoi vous l'avez emmené pour un test génétique ? »
« Vous ne pouvez pas. »
Le médecin s'étouffa manifestement.
Il aida An Zhe à se lever, puis à s'asseoir sur une chaise pivotante puis lui toucha la tête. « Bien, reposez-vous ici. Je vais voir le résultat de la prise de sang. »
An Zhe resta assis, obéissant.
Le colonel Juge était assis en face de lui, le fixant toujours avec ses yeux verts et froids. Il présentait un visage jeune, aux contours nets. Quelques mèches de cheveux noirs s’échappaient de son couvre-chef sur son front, touchant ses sourcils obliques. Le bout du front et le coin de l'œil étaient couverts d'une fine couche de lumière froide, comme si un couteau l'avait effleuré.
A force d’être scruté par une telle paire d'yeux glacés, An Zhe eut un frisson. Les champignons avaient peur du froid. Aussi, il fit pivoter sa chaise et tourna le dos au colonel. Il eut une sensation de froid encore plus intense. Un long moment s'écoula avant que les pas du médecin ne se fassent entendre à nouveau, dégelant la pièce. « Le bilan génétique est normal. Vous pouvez y aller. »
Après quelques secondes de silence, Lu Feng insista : « Vous êtes sûr à 100% qu'il est humain ? »
« Cela pourrait vous décevoir, mais nous n'avons trouvé aucune trace d’anormalité. Il est différent des autres personnes infectées et des espèces xénogéniques. »
Cela dit, il ajouta : « Écoutez, cet enfant ne veut pas vous parler. »
Alors le colonel ordonna : « Retournez-vous. »
An Zhe se retourna silencieusement. Il évita les yeux de Lu Feng, mal à l’aise parce qu'il n'était vraiment pas humain. Il les évitait mais en conséquence, il sembla provoquer le colonel. La voix du colonel devint comme de l'eau gelée alors qu'il demandait : «De quoi avez-vous peur ? »
An Zhe resta silencieux. Il sentait instinctivement que dire quelque chose devant cette personne serait une erreur et que peut-être son poignet serait attrapé.
Enfin, Lu Feng haussa les sourcils. « Vous ne partez pas ? »
An Zhe sauta de la chaise et partit avec cette personne. Cette fois il était libre, sans menotte. Dans le couloir désert, ils avaient parcouru la moitié du chemin lorsque Lu Feng prit soudainement la parole. « La première fois que je t'ai vu, mon intuition m'a dit que tu n'étais pas humain. »
An Zhe faillit faire un arrêt cardiaque. Après trois bonnes secondes, il demanda finalement : « Ça… et au deuxième coup d'œil ? »
« C'est la première fois que je demande un test génétique. » Le colonel tendit la main pour lui remettre la feuille de rapport sur l'examen génétique. « Tu as intérêt à réellement être humain. »
An Zhe ne pouvait que prendre le document qui indiquait qu'il était humain. Pendant un moment, il n'y eut que le bruit monotone des pas dans le couloir immaculé.
Près de la sortie se trouvait un virage. Ils se heurtèrent à une équipe dirigée par un juge en uniforme noir. Derrière le juge, deux militaires lourdement armés escortaient un homme. À côté d'eux se trouvait une grande femme aux cheveux courts, le visage troublé.
Le juge vit Lu Feng et le salua : « Colonel. »
Lu Feng regarda l'homme qui était détenu. La gorge de l'homme eut quelques spasmes avant qu'il ne crie à haute voix : « Je ne suis pas infecté ! »
Le juge indiqua à Lu Feng : « Il y a un degré élevé de suspicion d'infection mais il n'y avait aucune preuve concluante. La famille a demandé un examen génétique. »
Lu Feng laissa échapper un léger son et les soldats reprirent leur marche, escortant l'homme. Ils venaient de croiser Lu Feng quand…
Pan !
Lu Feng rangea son arme, avançant sans se retourner. « Ce n'est pas nécessaire. »
Le corps de l'homme tomba en avant instantanément et fut traîné par les soldats. La femme qui suivait cria et s’effondra au sol.
An Ze se tourna pour regarder le visage de Lu Feng. Les yeux de cette personne étaient si indifférents. An Zhe n'avait jamais vu de tels yeux. Il savait qu'An Ze était toujours doux, Vance, généreux, Horsen, plein de cupidité et Anthony, vigilant. Ils étaient différents de Lu Feng, qui n'avait que du vide dans les yeux. Pour ce juge, tuer était plus normal que respirer. Il n'aurait pas de sautes d'humeur, parce qu'il y était habitué.
An Zhe et Lu Feng arrivèrent au bout du couloir. A la sortie, deux militaires en civil les attendaient avec un corps recouvert d’un drap blanc. An Zhe devina que c'était Vance. Ses yeux se voilèrent et il fit un pas en avant, voulant enlever le tissu blanc pour regarder le visage de Vance une dernière fois. Cependant, il fut arrêté par les soldats.
Les soldats lui remirent une puce bleue en parlant d'une voix mécanique. « Il a été confirmé qu'il n'y a aucun survivant dans l'équipe de mercenaires AR1147. Les équipements et matériels ont été récupérés par la base. Le butin a été converti en argent qui a été distribué aux membres de la famille en combinaison avec la pension. Vous pouvez réclamer les restes. »
An Zhe demanda : « Où l'emmenez-vous ? »
Le soldat répondit : « A l'incinérateur. »
An Zhe trembla et il ne fit aucun geste pour prendre la carte d'identité.
La voix de Lu Feng retentit : « Tu ne la veux pas ? »
An Zhe ne parla pas. Après un long moment, il leva les yeux vers Lu Feng. « Il n'a vraiment… pas été blessé. »
Dans les yeux verts-givre, il vit sa propre image, les yeux légèrement écarquillés et dégageant une sorte de tristesse calme. Lu Feng était toujours aussi inexpressif, comme si cela n'avait rien à voir avec lui. Juste au moment où An Zhe pensa que l'homme allait faire demi-tour et partir, il le vit s'avancer.
La crosse noire de l'arme souleva le bord du tissu blanc, révélant la main droite de Vance. An Zhe s'agenouilla à moitié pour voir. Sur l'annulaire, il y avait un petit point rouge, comme un coup de couteau insignifiant. Cependant, sur le bord du point rouge, une goutte inquiétante de liquide noir suintait lentement.
Il s'étouffa et en un éclair, des scènes lui revinrent à l'esprit.
Il y avait du sang humain sur la carapace de la fourmi. Ce jour-là, Vance lui avait dit que certaines personnes cachaient la vérité sur leurs blessures car dans les endroits à faible niveau de pollution, il y avait une probabilité décente de ne pas être infecté. De plus, ils voulaient rentrer chez eux.
Donc, donc... la personne piquée par la carapace de la fourmi n'était pas Anthony, mais Vance.
An Zhe fut incapable de respirer. Ses doigts tremblèrent alors qu’il prenait la carte d'identité de Vance. Il la mit dans sa poche et se retourna pour regarder Lu Feng, mais ne vit qu’un espace vide. Il s’immobilisa et regarda dehors. Il vit un dos noir disparaître lentement sous le dais gris de la porte de la ville.
*
Quelques instants plus tard, un bruit soudain retentit derrière lui. Il se retourna pour voir la femme dont le compagnon avait été tué. Elle trébucha, et se fit arrêter par les soldats.
Elle se débattit durement, s'effondrant devant lui, agitant ses bras en l'air et criant : « Juge Lu Feng ! Meurs de la pire mort... ! »
La voix rauque et aiguë sortit de sa poitrine et résonna à travers les couches de l'intérieur du bâtiment. Cependant, elle n’obtint aucune réponse du Juge. Les environs étaient calmes et les deux corps furent emportés à tour de rôle. Dans le couloir vide, il n'y avait que le bruit intermittent d'une femme qui pleurait.
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Note du traducteur
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Classification des êtres vivants
Le précurseur du classement du vivant est Carl Von Linné, un naturaliste suédois du XVIIIème siècle.
Depuis 1969, les champignons sont classés à part, ni animaux ni plantes, et ont leur propre branche de classification.
Le vivant est actuellement classé en 7 ‘’règnes’’, les plus hauts niveaux de classification :
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Archea (microorganismes primitifs, unicellulaires)
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Bacteria (microorganismes sans structure interne ni vrai noyau)
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Protozoa (animaux primitifs avec noyau, généralement unicellulaires)
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Chromista (organismes avec noyau et pigments photosynthétiques)
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Plantae (organismes photosynthétiques avec des cellules végétales, capables de produire de la matière organique)
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Fungi (ou champignons, organismes sans chloroplastes et avec un appareil végétatif)
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Animalia (êtres complexes se nourrissant de substances organiques)
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Structure d’un champignon

Traduction: Darkia1030
Edition: AymxLuna
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